L’an passé, en Nislande, Stéphanie et moi, on s’est beaucoup
posé la question, en voyant des églises au milieu de nulle part ou une maison toute
seule en plein champ: «Why?» De pour
quesse que du monde vont s’installer là?
Aujourd’hui, on se pose un peu la même question: Ouaille? Pourquoi nous? Pourquoi est-ce
que ça, c’est arrivé à nous? Des
filles? Des Québécoises? Parce qu’on est fines? Parce que c’était lui? Lui et
nous? Allez donc savoir…
Visite au Château de Carles ce matin. Oui, il y a un
concept. On avait téléphoné hier pour prendre rendez-vous, ledit château étant
tout petit et n’accueillant pas vraiment de visiteurs. On arrive à 11h moins
quelques poussières par le chemin de livraison (parce que ce n’est pas fléché
et que Gougueulemappe ne reconnait que le chemin de livraison). Un type vient
vers nous, on lui dit qu’on a réservé une visite. De toute évidence, on le
dérange: il allait partir, une remorque attelée à l’arrière de son camion. Mais
bon, puisqu’on est là et qu’on avait réservé… Ça lui revient: deux Québécoises
dont une qui s’appelle Carle… Il veut bien, alors, nous faire visiter les
installations.
Une heure plus tard, alors qu’on déguste deux vins de Carles:
«Vous savez qu’il existe aussi le restaurant Chez Carles, à Saint-Germain-de-La-Rivière?
Si vous y allez, on y va ensemble. J’ai horreur de manger tout seul.» Euh… oui?
Je l’entends parler, au téléphone, de six et de pain et je le vois pitonner à
la terre entière. «Vous me suivez?» Euh… oui? Et nous voilà partis, à travers
les vignobles du Fronsac, pour rejoindre le resto. Stéphanie et moi, on rit un
peu nerveusement dans le char. Rapport qu’on va aller manger avec un type qui
nous était totalement inconnu il y a une heure à peine? Il a beau être le
directeur du vignoble du Château de Carles, ben, on ne le connait pas plus. On
arrive au resto: «C’est pour ça que je vous ai invitées, pour que vous m’aidiez
à sortir les caisses…» On comprend qu’il s’agit d’un rigolo alors qu’on sort
des caisses de vin de son camion pour les apporter au resto. Mais on demeure
perplexe sur le fait d’être là, d’autant plus qu’on rejoint quatre autres types
à qui on fait la bise. Euh… oui?
On saisit rapidement à qui on a affaire: toute une bande de
rigolos. Des amis qui travaillent tous pour des vignobles différents et qui se
rejoignent pour diner. Alors, à Saint-Germain-de-La-Rivière faisons comme les
Saint-Germanais: déconnons. J’ai pris assez vite la mesure de Thierry (le
directeur du Château de Carles) et de Pierre (du Château de La Rivière), pour
qui le jeu de mots et le picossage n’ont pas de secret. Je ne pensais pas être
à l’aise aussi vite avec des gens, de continuer à les vouvoyer, mais à les
picosser moi aussi: «C’est qu’elle a pigé vite, elle. Elle est bien…» qu’a
ajouté Pierre, un sourire dans la voix. Allez savoir pourquoi ça m’a rendue
heureuse, je ne le sais pas. À Thierry (qui nous a trainées là, je vous le
rappelle) et à Pierre se sont aussi ajoutés Xavier (le directeur général du
Château de la Rivière), Benoit (le directeur du Château Couraze) et son «patron»,
monsieur Heinze (le propriétaire danois du domaine). On se tasse à sept autour
d’une table de cinq, on boit du rosé avec l’entrée (splendide rosé du Château
de La Rivière, apporté par Xavier) et deux bouteilles de rouge apportées (et
payées) par le monsieur Danois. On jase, on rit et on apprend que la fontaine
de Tourny qui trône devant le parlement à Québec a déjà été dans la cour du
Château de La Rivière et sur la place Tourny à Bordeaux (toutte est vraiment
dans touttte). Quel diner splendide. On se sentait tellement privilégiées de
jaser avec ces copains (des directeurs de châteaux de vin, quand même!), on a
déconné nous aussi. Même si c’était
parfois difficile parce qu’il fallait traduire nos jeux de mots en anglais pour
le monsieur Danois. On a même été de connivence avec la patronne de la place
pour bitcher un peu Thierry (ils sont tous, tour à tour, le souffre-douleur des
autres).
| Monsieur Heinze, Stéphanie, Julie, Thierry, Pierre, Xavier et Benoit |
L’après-midi est déjà fortement entamé quand on quitte le
restaurant. On se sent mal pour Thierry, qui reste à jaser avec nous. On se
demande pourquoi il ne rentre pas travailler. Bon, c’est vrai qu’il est le
directeur, mais quand même… D’autant
plus qu’il nous cherche (en pitonnant furieusement sur son téléphone) des
informations sur des choses à voir à St-Émilion et qu’il a même appelé au
bureau d’information touristique pour savoir quelles étaient les heures de
visite de l’église monolithe. Sur le stationnement, j’ai envie de dire
aurevoir à Thierry et de le remercier bien chaleureusement… mais non: «Bon,
vous allez me suivre, on va jusqu’à la crête là, en haut. Puis, on va arrêter
au Château de La Rivière.» Euh.. oui? Évidemment, comme il connait le coin, il
nous amène dans des petits chemins (faudrait pas qu’on croise, y’a pas de
place!) d’où on a une vue splendide sur les vignobles du Fronsac. Dans l’auto,
on en revient pas trop: «Pourquoi il fait ça? Il est don’ ben fin…» On n’a
pas de réponse.
On aboutit au Château de La Rivière où Xavier attendait
Thierry pour décharger la remorque. On a eu droit à une visite des chais, là où
aucun touriste ne va. On est gâtées de même. Évidemment, on pose plein de
questions, parce qu’on veut tout savoir… et qu’on a deux guides privés, là,
juste pour nous. Et j’ai le don de dire des gnaiseries. Mais ça ne se voulait
pas une gnaiserie. C’était juste une question.
- Là, si je comprends bien, vous mettez le vin dans les barriques
en bois neuves.
- C’est ça.
- Ça veut dire qu’une fois que vous retirez le vin, le bois
garde sa teinte rouge bourgogne?
Et tous les deux, en chœur:
- Rouge Bordeaux!!!
- Rouge Bordeaux!!!
- Euh… oui, bien sûr. C’est ça que je voulais dire…
- Parce que c’est une couleur, rouge bordeaux, tu sais…
Face cramoisie.
On pense, encore, que Thierry va nous abandonner là, au
Château. Il est 15h40 et Pierre (et Xavier) nous ont invitées pour la visite de
16h30. «Là, vous me suivez toujours et je vais aller vous montrer un autre
point de vue. Je vous ramènerai ici pour 16h30.» Euh… oui? Alors, la petite Twingo suit le petit camion
de Thierry. On découvre encore la région fronsacaise par des routes qu’on n’aurait
sans doute pas fréquentées. Thierry nous
ramène au Château La Rivière à 16h20. On pense, encore une fois, qu’il va nous
abandonner là. Mais non. «Venez, je vais vous faire écouter le chant des
rivières dans le bain des dames». On descend quelques marches, on aboutit dans
une minuscule petite piscine de pierres alimentée par des sources souterraines
(d’où le nom Château La Rivière). La sonorité est déconcertante: il n’y a que
quelques petites sources mais on a l’impression d’être au milieu d’une grosse
chute.
On remonte, l’heure de la visite approche. Bon, là, c’est
vrai: Thierry va nous abandonner. En fait, c’est nous qui l’abandonnons… On se fait la bise, en se remerciant bien
chaleureusement. Stéphanie prend en note son adresse de courriel (son mél, comme il le dit lui-même): on va lui
envoyer la photo prise au diner.
On entre à l’accueil du Château La Rivière: «Bonjour… Pierre
nous a dit qu’on pouvait venir pour la visite…» «Ah, mais oui: il m’avait dit
que deux Québécoises se joindraient au groupe. Bienvenue mesdames… Munissez-vous
d’un gilet parce qu’il ne fait que 13 degrés dans les caves.» Accueil chaleureux. Je dois donc retourner à
la voiture. Qui vois-je, encore
stationné à côté de ma Twingo? Vous l’avez deviné: Thierry qui taponne sur son
téléphone. Il lève la tête, me voit. Veut continuer à jaser: «Tu as mon numéro
de portable? Ah non, c’est vrai. Mais si tu m’écris, je te répondrai et tu
auras mes coordonnées dans ma signature. Tu m’appelles si tu cherches quelque
chose à faire, un resto à aller, si vous avez besoin de quoi que ce soit… N’hésite
pas…» qu’il me dit alors que je marche à côté de la voiture qui avance
tranquillement. J’ai eu du mal à m’arracher à Thierry, même si la visite allait
commencer. Comment s’attacher à quelqu’un en si peu de temps? Comment accepter
de recevoir tout ce qu’il nous a donné aujourd’hui? Ça me ramène à ma question
du départ à laquelle on n’a pas trouvé de réponse, mais on a arrêté de
chercher.
À la fin de la visite du Château La Rivière, on a recroisé
Xavier, le directeur général (quand même…) On a encore jasé, dans la cour du
château. Et on s’est fait la bise en se quittant. Parce que c’était juste ça qu’il
fallait faire.
Des rencontres magiques… qui ont envoyé valser dans les
vignes le planning de notre journée!
Maintenant sortie du fond des bois, je reprends la lecture de ton blogue et je suis toujours sous le charme. Tu as dû charmer aussi des messieurs.
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