Julie est ailleurs - accueil

mardi 8 août 2017

Non, je ne vous en parlerai pas



Le miracle a eu lieu. Le plan C aussi. Mais je ne vous en parlerai pas. Parce que vous allez commencer à me trouver fatiquante.

Je ne vous dirai donc pas que ce matin, alors que je traine à la poste, je reçois ce message de Thierry: «On déjeune au resto à midi. Une guinguette sympa au bord de la Dordogne… Vous connaissez la route!!!» Je rentre à la maison: «J’ai reçu un message…» Stéphanie me regarde en riant un peu, on hausse les épaules. On était réellement convaincues que le diner d’hier était le diner d’adieu. Vraiment. L’intensité du câlin que Thierry et moi on s’était fait en témoignait, il me semble. Mais comment résister à un changement de plan, si le plan C nous fait revoir nos amis?
Je ne vous dirai pas non plus qu’on a ajouté un autre autochtone à notre liste d’amis: Pascal. Vignoble du Château Arnauton. Un autre fou furieux avec qui je me suis entendue comme larron en foire. Encore la même impression de faire partie de la gang, une fois les présentations faites… Encore une fois l’impression de connaitre ce gars-là depuis longtemps, alors que ça fait à peine une heure. Décidément. Je suis tombée sur une belle grappe de raisins tissés serrés. J’espère qu’elle ne sera pas trop secouée: il ne faudrait pas en perdre des morceaux.
Je ne vous dirai pas non plus qu’on a finalement diné à cinq: Pierre, Thierry, Pascal, Stéphanie et moi. Si je devais vous le dire, je n’aurais pas besoin de préciser qu’à la fin, il restait Thierry, Stéphanie et moi. Mais je ne le vous dirai pas. J’étais quand même étonnée, parce que j’avais l’impression que Thierry devait aller travailler et qu’il n’étirerait pas le temps au-delà du raisonnable. Bon. Raté. Il a encore créé du temps.  C’est un magicien, ce gars-là! J’étais certaine (mais toutes mes certitudes s’étiolent…) qu’en sortant du resto, c’était encore la fin. La réelle fin. Les réels adieux. Mais non. Et il nous a amenées au Château Arnauton, pour une visite.
Je n’ajouterai pas qu’on a visité le vignoble et ses installations avec Pascal et Thierry en fin d’après-midi. On commence à comprendre la variété des techniques de production. C’est infiniment complexe. On pose des questions, ils nous répondent avec une patience d’ange, souvent avec un sourire dans la voix. Encore une fois, on a deux guides, juste pour nous. Pendant que Pascal nous trouve deux bouteilles qu’il va nous donner en cadeau à rapporter à Montréal, Thierry nous montre comment capsuler une bouteille. Regardez la photo… Je ne vous dirai pas à quoi ça me fait penser, vous êtes assez grands pour vous créer vous-mêmes vos images.


Je ne vous dirai pas qu’on a eu une belle surprise quand Damien est arrivé pour nous faire un petit coucou. Damien, qui nous annonce, comme ça, innocemment, sans crier gare, sans coup férir, sans mettre ses gants blancs, qu’il a déjà regardé le prix des billets d’avion pour venir à Montréal!  Joie suprême. Vraiment.  Peut-être quelque part au printemps. Ou à autre moment. Qu’est-ce que j’aimerais ça. J’arrive, moi aussi, à créer du temps pour les gens que j’aime. Ça me servirait sûrement.

Je ne vous parlerai pas de leur folie, de leur sens de l’humour décapant que j’adore (je suis tout à fait capable de les accoter, n’ayez crainte!), de leur complicité, de leur sens de l’exagération (là aussi, on s’accote!), de la facilité qu’ils ont eu, tous, à m’intégrer au moment présent. Je disais, hier, que j’avais peur de leur tomber sur les nerfs… mais jamais je n’ai senti ce feeling désagréable. Au contraire. Regardez-leur les faces! N’ont-ils pas l’air infiniment attachant? À se coller pendant que Stéphanie essaie de prendre une photo. Coincée entre Damien et Thierry, j’essaie de ne pas trop rire. Mais je n’y arrive pas trop… Complicité. C'est ça que j'ai déjà dit.

Pascal, Damien, Julie et Thierry. Et une bouteille d'Arnauton.
Je n’ajouterai pas qu’il a bien fallu mettre un terme, définitif, à cette rencontre. C’est, une fois de plus, le temps des adieux. Encore une fois, des bises bien affectueuses avec Pascal et Damien. Encore une fois, d’immenses câlins avec Thierry qui me touchent profondément, compte tenu de l’intensité de ce qu’on a créé depuis une semaine. Encore une fois, des promesses de se revoir. Encore une fois, je suis émue, mais j’arrive à ne pas avoir les yeux dans l’eau. Encore une fois, malgré les adieux, le bonheur. Le bonheur de s’être rencontrés. Le bonheur d’avoir osé. Le bonheur d’avoir partagé. Il ne devrait pas y avoir d’autres miracles. Sauf s’ils sont assez cons pour venir à la gare, mercredi, en fin d’après-midi. Je m’en inquiète… parce que j’ai entendu Thierry le dire.

Je ne voulais pas vous raconter tout ça, alors faites comme si je ne l’avais pas fait. Je vous raconterai plutôt que Stéphanie et moi, on a déambulé dans Bordeaux une toute dernière fois, à la lueur de la lune et de l’éclairage municipal… l’un étant plus romantique que l’autre, vous en conviendrez. Et ça donne un autre visage à la ville.

Le pont Jacques-Chaban-Delmas
La place de la Bourse
La fontaine de la place de la Bourse
Le pont de pierre et la Garonne
Le pont de pierre, maintenant fermé à la circulation automobile
La place Camille-Jullian
L'opéra
On a quitté la maison vers 22h, on s’est garées en ville et on a marché le long des quais, puis dans les rues de la ville. En prenant quelques photos, mais en savourant ces derniers moments dans cette ville que j’ai adoré. La ville est belle, vivante, attachante. J’y reviendrais n’importe quand. Je me demande si l’Université de Bordeaux n’aurait pas besoin d’un prof en didactique du français, tiens. Une petite année?

Bordeaux a tout pour se faire aimer: la Garonne, le pont de Pierre, le pont Chaban-Delmas qui lève, le vieux-Bordeaux, les tramways, des rillettes de thon Petit Navire à l’épicerie, le vin de Bordeaux (certaines appellations sont plus intéressantes que d’autres), le mascaret sur la Dordogne, des phares, l’océan pas loin, les huitres, le soleil, le passage des convois de l’Airbus 380 sur la Garonne, un arrière-pays magistral, des vignes à perte de vue, des restos sympas où on sert le meilleur pain perdu de la civilisation post-Bérêt à manger avec un couteau et une fourchette. Et j’y ai, maintenant, des amis précieux.

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