De la douleur.
Visite au village martyr d’Oradour-sur-Glane pour commencer
la semaine. Ça faisait longtemps que je voulais venir m’y recueillir. Encore
fallait-il que je ne sois pas trop loin. Comme Oradour n’est qu’à 200 km de
Bordeaux, autant dire que j’étais dans le coin.
Le 10 juin 1944, une division de l’armée allemande a
massacré tous les habitants de la place: il y eut 642 victimes et, par miracle,
6 survivants (cinq hommes et une femme). Le village encerclé, les Allemands ont
réuni tous les habitants sur la place principale, le champ de foire. Ils ne se
doutent de rien et obéissent aux ordres – le village a vécu plutôt calmement le
fait d’avoir été en zone occupée. En milieu d’après-midi, les Nazis séparent
les hommes des femmes et des enfants qui sont enfermés dans l’église. Les 180
hommes seront abattus, achevés au fusil si nécessaire, puis les corps empilés
seront recouverts de paille à laquelle les Allemands mettront le feu. Dans l’église,
les Nazis ont fait exploser des bombes fumigènes qui étouffèrent les femmes et
les enfants, puis y mirent le feu, brulant vives les victimes. Puis ils mettent
le feu au village, après avoir pillé les maisons à la recherche d’armes, d’argent
ou de bijoux. Les Allemands ont quitté les lieux en milieu de soirée, bien qu’ils
soient revenus le lendemain pour enterrer les morts et rendre l’identification
des cadavres impossibles. Six-cents-quarante-deux cadavres.
Le village est à peu près gardé en l’état, pour le
très nécessaire devoir de mémoire.
Du luxe.
«Cognac? Comme dans Cognac?» que m’a demandé
Stéphanie, quelque part en mars alors que je lui parlais de mon prochain séjour
à Bordeaux. Il n’en fallait pas plus pour la convaincre de venir sentir, pour
vrai, ledit nectar. Ce qu’on a fait en fin d’après-midi. Visite guidée du
producteur –et négociant– Martell. Je n’aime pas vraiment le Cognac… mais, évidemment,
il y en a un que j’ai aimé plus que les autres, disons. Cela allait de soi que
ça allait être le plus cher des trois qu’on a goutés. Je suis de même, moi. Et
vous le saviez, faites pas vos surpris.
Du privilège.
Visite pas prévue sur la route du retour: Saintes. Sainte
quoi? Non, juste Saintes. Ça doit se dire sinte,
mais pour nous aider, parce qu’on a aussi envie de nommer la sainte en
question, on a un peu déconné en disant sintesse…
Stéphanie a lu, dans le Guide sur le Poitou-Charentes, que le village était
joli, avec ses allées bordées de platanes. Bon, c’est à peu près sur notre
chemin de retour, allons-y.
Oui, le village est charmant, avec la cathédrale
Saint-Pierre, au bout d’une longue rue piétonne. Frédéric, le bénévole de la
place, nous annonce que l’église est fermée alors que nous y mettons les pieds,
à 19h (on était déjà étonnées que la porte fut ouverte…) Le plafond de l’église
est en bois alors que les murs sont en pierres de la région: «Pourquoi?», que
je demande au monsieur. « Attendez que les trois autres touristes partent,
je vais vous faire visiter.» Ben on a eu droit à une visite « privée »
du chœur (d’où on pouvait avoir une tout autre perspective sur l’allée centrale
et le vitraux) ainsi que du cloitre (où personne n’est autorisée à aller). Tout
ça parce que quoi? Aucune idée. On est fines, on est des filles, on est des
Québécoises et on a un accent. C’est fou ce que ça ouvre comme portes, cette
combinaison-là.




