Julie est ailleurs - accueil

lundi 31 juillet 2017

De la douleur, du luxe et du privilège


De la douleur.
Visite au village martyr d’Oradour-sur-Glane pour commencer la semaine. Ça faisait longtemps que je voulais venir m’y recueillir. Encore fallait-il que je ne sois pas trop loin. Comme Oradour n’est qu’à 200 km de Bordeaux, autant dire que j’étais dans le coin.
Le 10 juin 1944, une division de l’armée allemande a massacré tous les habitants de la place: il y eut 642 victimes et, par miracle, 6 survivants (cinq hommes et une femme). Le village encerclé, les Allemands ont réuni tous les habitants sur la place principale, le champ de foire. Ils ne se doutent de rien et obéissent aux ordres – le village a vécu plutôt calmement le fait d’avoir été en zone occupée. En milieu d’après-midi, les Nazis séparent les hommes des femmes et des enfants qui sont enfermés dans l’église. Les 180 hommes seront abattus, achevés au fusil si nécessaire, puis les corps empilés seront recouverts de paille à laquelle les Allemands mettront le feu. Dans l’église, les Nazis ont fait exploser des bombes fumigènes qui étouffèrent les femmes et les enfants, puis y mirent le feu, brulant vives les victimes. Puis ils mettent le feu au village, après avoir pillé les maisons à la recherche d’armes, d’argent ou de bijoux. Les Allemands ont quitté les lieux en milieu de soirée, bien qu’ils soient revenus le lendemain pour enterrer les morts et rendre l’identification des cadavres impossibles. Six-cents-quarante-deux cadavres.
Le village est à peu près gardé en l’état, pour le très nécessaire devoir de mémoire.








Du luxe.
«Cognac? Comme dans Cognac?» que m’a demandé Stéphanie, quelque part en mars alors que je lui parlais de mon prochain séjour à Bordeaux. Il n’en fallait pas plus pour la convaincre de venir sentir, pour vrai, ledit nectar. Ce qu’on a fait en fin d’après-midi. Visite guidée du producteur –et négociant– Martell. Je n’aime pas vraiment le Cognac… mais, évidemment, il y en a un que j’ai aimé plus que les autres, disons. Cela allait de soi que ça allait être le plus cher des trois qu’on a goutés. Je suis de même, moi. Et vous le saviez, faites pas vos surpris.




Du privilège.
Visite pas prévue sur la route du retour: Saintes. Sainte quoi? Non, juste Saintes. Ça doit se dire sinte, mais pour nous aider, parce qu’on a aussi envie de nommer la sainte en question, on a un peu déconné en disant sintesse… Stéphanie a lu, dans le Guide sur le Poitou-Charentes, que le village était joli, avec ses allées bordées de platanes. Bon, c’est à peu près sur notre chemin de retour, allons-y.
Oui, le village est charmant, avec la cathédrale Saint-Pierre, au bout d’une longue rue piétonne. Frédéric, le bénévole de la place, nous annonce que l’église est fermée alors que nous y mettons les pieds, à 19h (on était déjà étonnées que la porte fut ouverte…) Le plafond de l’église est en bois alors que les murs sont en pierres de la région: «Pourquoi?», que je demande au monsieur. « Attendez que les trois autres touristes partent, je vais vous faire visiter.» Ben on a eu droit à une visite « privée » du chœur (d’où on pouvait avoir une tout autre perspective sur l’allée centrale et le vitraux) ainsi que du cloitre (où personne n’est autorisée à aller). Tout ça parce que quoi? Aucune idée. On est fines, on est des filles, on est des Québécoises et on a un accent. C’est fou ce que ça ouvre comme portes, cette combinaison-là.

 






dimanche 30 juillet 2017

Vue de l'intérieur


Pendant que Stéphanie est allée voir le musée d’art contemporain, je suis allée voir le Musée Jean-Moulin sur la résistance en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Vous me connaissez: j’aime ça, les affaires sur cette guerre-là.
Un boutte du musée d'art contemporain (photo de Stéphanie, de toute évidence...)
Jean Moulin
À tort, je croyais que Bordeaux se trouvait en zone libre. Mais non. J’ai encore des apprentissages à faire, de toute évidence. Une partie de la ville l’était, ce qui peut expliquer ma confusion historique. Et comme dans toute ville assiégée, il y a des résistants. Le musée de la résistance de Bordeaux s’appelle Jean-Moulin, même si le type en question n’est jamais passé dans la ville. C’est qu’il était quand même le chef de la résistance en France, dûment nommé par le Général de Gaulle, en exil à Londres. J’avais visité la prison de Montluc à Lyon, il y a trois ans, là où il avait été emprisonné. Et le quartier que j’habitais à Lille s’appelait justement Moulin. Y’a comme un concept qui me suit, malgré moi. Ledit Jean Moulin est mort en 1943, sans jamais avoir parlé, même sous la torture…

Le bâtiment est magnifique et l’exposition permanente, plutôt pédagogique. J’aime ça, moi, apprendre des affaires (rappelez-vous ma déception lors de ma visite de la base sous-marine, il y a dix jours). Au rez-de-chaussée, une exposition sur la résistance, justement. Des vestiges d’une imprimerie clandestine, des messages du général de Gaulle (installé à Londres), des images d’époque, les documents d’un résistant (René Dugrand). On voit les efforts fournis par les habitants pour mettre sur pied un réseau d’évacuation des prisonniers ou des résistants qu’il faut protéger. Et tout ça a duré des années…


 
Remarquez le drapeau canadien...




Au premier étage, une exposition temporaire pour souligner le 100e anniversaire du débarquement des Américains à Bordeaux au moment de leur entrée en guerre, en 1917. Il y a plusieurs éléments historiques à retenir de cette exposition. Notamment le fait que ça a pris plus d’un an pour rapatrier tous les soldats américains aux États-Unis, à la suite de la fin de la guerre, le 11 novembre 1918. Et que, pendant leur séjour forcé dans la région, ils ont trouvé le moyen de se faire un peu détester (alors qu’ils venaient d’aider la France à repousser les Allemands chez eux) parce qu’ils étaient trop exubérants: selon les Français, les Américains parlaient trop fort ou buvaient trop… Ils sont repartis en laissant le jazz derrière eux et l’impression (chez les Français) d’avoir pris beaucoup de place. On peut penser que le rapatriement des soldats américains a pris autant de temps, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Du moins, pour ceux qui sont partis. Plusieurs sont enterrés ici… ou ont décidé de rester en Europe pour se refaire une vie.

Au deuxième étage, le reste de l’exposition permanente sur la résistance, la libération de la France à la suite du débarquement de 1944, la visite du Général de Gaulle à Bordeaux… J’ai trouvé que cette visite était un complément intéressant à ce que j’avais déjà visité à Lyon et dans le Vercors, en 2014.  Je suis concept, qu’est-ce que vous voulez…


samedi 29 juillet 2017

Des couleurs



Vert. J’ai vu ça, au marché de Saint-Michel. Du purin d’ortie? Comme dirait mon ami Daniel, ça ressemble à du jus de t’sours de tondeuse. Dans ce cas-ci, c’est écrit «engrais» sur la bouteille. Donc, en principe, ça ne se boit pas. À moins que. Les Français n’ont de cesse de m’étonner.


On a viraillé dans les étals du marché St-Michel, étalé sur la place de l’église du même nom, le samedi matin. Faut être fait fort pour passer une heure dans ce genre de marché public où on se fait apostropher par des vendeurs de trucs à 5 euros. Stéphanie s’est acheté un ticheurte à 3 euros et des pantalons à 5 euros. Qui, une fois lavés, ne lui font déjà plus.


Orange. Parce que.



Rouge. Après le marché Saint-Michel, on a exploré le marché des Capucins (ouvert du mardi au dimanche, celui-là). On a erré dans le quartier de Sainte-Croix pour finalement aboutir à la gare Saint-Jean de Bordeaux où je suis allée faire quelques images pour mon film. C’est en face de la gare qu’on a diné, attablées à une terrasse, vers 14h. Devinez de quelle couleur était l’auvent?



Bleu. C’était la couleur du ciel aujourd’hui. Encore plus belle en fin de journée. Surtout quand on peut faire quelques photos un peu en contrejour.


Noir. Ou en tout cas, sombre. C’est le dedans de l’église. Celle-là, c’est Sainte-Croix. Mais prenez n’importe laquelle et c’est pareil. Anecdote: en entrant dans l’église, il y a un bassin avec un peu d’eau bénite. Parce que c’est de même. Alors qu’on y entre, il y a une Chinoise (ou quelque chose s’y apparentant) qui se prend une bonne pognée d’eau bénite et qui décide de se replacer les cheveux avec cette eau-là. Ça devrait tenir, sans aucun doute.


Jaune-vert.  Rapport aux 31 degrés et au soleil, on a comme eu envie, mettons, d’une citronnade. Ça, c’est du jus de citron (ou de lime), un peu de sucre, un peu d’eau. Celle qu’on a prise cet après-midi, de retour sur la place Saint-Michel que la voirie s’affairait à nettoyer, était désaltérante à souhait. Le bonheur en quelques glaces carrées et quelques gouttes de jus de lime.


Brun. On a traversé à pied le Pont de Pierre. Ça fait une semaine qu’on traverse ledit pont en tramway. Mais là, on a foulé les pierres de la semelle de nos souyers. Ça nous a permis de voir à quel point la Garonne est brune. Ben beige? En tout cas, c’est rapport au limon qui n’a pas le temps de se déposer au fond à cause de la marée qui vient de la mer. Ben, de l’océan. Et là, vu de haut, les courants de différentes couleurs sont très visibles. À mon grand bonheur, une barge qui transporte une partie du fuselage de l’Airbus 380 passe sous le Pont de Pierre. Mais, à mon grand désarroi, le prochain passage est le 10 aout. Jour de notre départ.


Rosé. On a fini la journée à la maison, à lire un peu ou à taponner dans les cartes postales. En sirotant un verre (ou deux ou trois) de rosé foncé qui se laissait boire tout seul. On n’a même pas eu besoin d’aide pour le finir. Même qu’on était déçues de n’en avoir qu’une seule bouteille…



vendredi 28 juillet 2017

Des stops au soleil



On a utilisé le soleil bordelais pour explorer la ville et faire quelques stops.

Premier stop: l’église Sainte-Marie, tout à côté de chez nous. Les églises sont de même: quand on y entre, on n’y voit rien: il faut laisser le temps à nos yeux de s’habituer à l’absence de soleil.  En tout cas, c’est pas avec ces trois minables lampions, posés sur du papier d’aluminium, qu’ils vont éclairer le dedans de l’église…



Deuxième stop: la devanture de l’ancienne gare du chemin de fer d’Orléans. J’ai une petite pensée pour Camille Raquin, le mari de Thérèse, qui avait trouvé une grande jouissance à travailler comme commis dans le bureau parisien des chemins de fer d’Orléans. Que voulez-vous… la littérature n’est jamais très loin. Évidemment, j’ai pris une photo de la devanture de la gare (devenue aujourd’hui un cinéma…) pour la montrer à mes étudiants, vestiges d’une époque où faire Paris-Bordeaux prenait 13 heures.  On est loin des deux heures de TGV… soleil ou pas.


Troisième stop: le parc aux Angéliques. Un joli sentier qui longe la rive droite (un moins développée – mais ça ne durera pas!) de la Garonne, d'où on voit de l'autre bord. Et il y a des panneaux pédagogiques d’interprétation! Pourtant, moi qui ai un si grand talent pour «interpréter» les phénomènes de la nature! Vous en parlerez à Michaël, Émilie et Stéphanie: je leur ai «interprété» les chutes, en Islande, avec un sens de la synthèse particulièrement efficace: «Y’a de l’eau, y’a un trou, l’eau tombe dedans…». Mais aujourd’hui, pas d’eau. Juste du soleil.



Quatrième stop: le complexe écologique Darwin. Un coup de cœur où on s’est installées pour diner. On avait un bout de lunch et on s’est acheté de quoi à boire. L’endroit est une ancienne caserne militaire, convertie en un endroit écologique (un magasin et un resto biologiques, notamment), des espaces de coworking, des entreprises socialement responsables, des espaces où on peut réparer soi-même des cossins (genre des vélos), des lieux d’exposition. Darwin se dit économiquement innovant et écologiquement responsable. On a trouvé que l’endroit était élégamment renipé. Mais on a mangé à l’ombre…


Cinquième stop: on a arpenté le Jardin botanique, tout juste à côté. Le nouveau Jardin a été créé dans un but scientifique pour montrer la diversité des mondes naturels. On en fait le tour en moins de 30 minutes. Parce qu’il y a peu à voir et parce que le soleil nous tapait sur la tête et le corps.


Sixième stop: conséquemment, il nous restait deux heures à tuer, au soleil, en attendant d’aller souper chez Alriq. Alors, on s’est attablées au French Coffee Shop (on est en France, ne l’oubliez pas…), à l’ombre. Parce que le soleil est toffe en milieu d’après-midi.


Septième pas stop: un tour de bateau qui fait partie du réseau de transport en commun de Bordeaux, entre Stalingrad (sur la rive droite) et Quinconces (sur la rive gauche, forcément). Le soleil éclairait la rive droite et on allait vers la rive gauche…


Huitième stop: le quartier des Chartrons. C’était sur notre liste, mais assez loin. On aurait manqué quelque chose. Chouette quartier à explorer, qui est en réhabilitation parce qu’autrefois un peu mal famé. Sur la Garonne et pas loin de la nouvelle Cité du vin.  On a vraiment aimé notre promenade, si bien qu’on a changé d’idée. Au lieu d’aller souper chez Alriq (rive droite – pas tellement loin de chez nous), on a décidé de rester dans le coin et de profiter des Halles des Chartrons. On s’est attablées devant des huitres, un peu de viande et du vin. Ah oui: et du gratin dauphinois. Au début du souper, Stéphanie avait le soleil dans la face. Mais il a fait comme il fait à tous les jours: il s’est couché. Et on est rentrées à la noirceur...


L'église n'est pas complètement renipée, de toute évidence...
 


La rue Notre-Dame, bien différente de celle que j'arpente à Montréal...
 



Conclusion : moi qui ai oublié de me crémer ce matin, je suis rouge. Pis Stéphanie, qui s’est enduite de 60, est restée pâle.