En ce vendredi chaud, je voulais vous parler de notre visite
à St-Émilion.
Je voulais vous dire que St-Émilion, c’est absolument
magnifique. Construit dans une combe, le village est plutôt pas mal escarpé. En
tout cas, la gougoune est à déconseiller si vous voulez arpenter le village.
Vous allez vous péter la fiole, garanti (même sans présentation de la facture).
Je voulais vous dire que, sur les conseils de Thierry, on
est allées visiter l’église monolithe, creusée d’un seul bloc dans le sous-sol.
On ne pouvait pas prendre de photos parce que l’endroit appartient à un quelqu’un
de privé. Ça nous étonne, ça, d’ailleurs: comment se fait-il que des «monuments»
classés historiques n’appartiennent pas à l’État, du moins à la commune? Reste que
la patente est déconcertante. C’est une église, une vraie, creusée dans le sous-sol.
Oui, le sous-sol, que je vous répète. Sans Thierry, on n’aurait pas su qu’il y
avait ça à visiter: on aurait fait comme 90% des visiteurs de St-Émilion (la
statistique vient de Morgane, notre guide) et on se serait contentées de boire
du vin.
Je voulais vous dire qu’on a monté les 200 marches menant au
haut du clocher de ladite église et que d’en haut, la vue sur le village était
à couper le souffle. Que ça valait les étourdissements inhérents à la montée
dans un long escalier en colimaçon, mais surtout la descente qui donnait le
tournis. On était toutes seules dans la tour parce que l’office du tourisme
limite l’accès à trois «clés» en même temps. On a eu une clé…
Je voulais vous dire qu’il faisait chaud en tipépère. Genre
35-38. On se serait crues dans un sauna.
Je voulais vous dire qu’on n’a pas bu de vin de la journée,
même si on était à St-Émilion, vignobles réputés s’il en est. On se gardait ça
pour le soir.
Je voulais vous dire qu’on a mangé la plus sublime gaufre
chocolat-chantilly de la terre en fin d’après-midi.
Je voulais vous dire tout ça, mais je ne vous le dirai
pas. Pourquoi? Parce qu’encore une fois,
j’ai beaucoup plus envie de vous raconter la soirée plutôt que la journée, même
si la journée fut magnifique. C’est que la soirée l’a été encore plus, comme si
c’était possible.
Parce qu’à 19h30, on a pris l’apéro avec Thierry, en face de
l’opéra, à Bordeaux. Parce que, dès jeudi matin, on avait convenu qu’on se
reverrait vendredi soir, au moins pour prendre un verre. Nous, ça va: on est en
vacances. Mais lui, il travaille… Il ne devrait pas avoir autant de temps libre
que nous. Mais je pense qu’il en crée, du temps libre!
Parce qu’on a ensuite soupé avec Thierry, Benoit et sa
copine Alex, sur les quais de la Garonne. On rit, on jase. On parle de la France,
de la Gironde, du vin, du Québec. Benoit a peur: si jamais il vient visiter
Montréal (ou le Québec), il sait qu’il n’aura pas envie de repartir… Thierry et
Benoit démystifient le snobisme autour du vin (ce qu’on aime bien, comme
principe de vie, au fond): le vin, c’est fait pour être bu (ah tiens…?), pour
être partagé, pour avoir du plaisir, pour tacher la nappe avec la goutte... Quel moment de rencontre fascinant et
tellement enrichissant. La bouffe était bonne, le vin était bon, la compagnie
était agréable. Que demander de plus?
Parce qu’à 1h, on a pris le digestif avec Thierry, debout dans
un bar où pour se parler, il fallait faire comme les locaux et nous coller les
uns sur les autres. Jamais on ne serait sorties dans ce genre de bar-là à cette
heure-là, n’eut été de notre nouvel ami.
Parce que Thierry nous a invitées. Mais il ne l’aurait pas
fait que le bonheur aurait été le même. C’est juste une petite coche de plus qu’on
sait apprécier. Avec les remerciements qui vont avec.
Parce qu’à 1h30, après le digestif, on est allés marcher
dans le Bordeaux nocturne. On est dans un décor vide, les acteurs bordelais
qu'on y a vus dans nos promenades diurnes sont partis se coucher. On a vu la ville à travers les yeux de Thierry qui nous
a raconté l’histoire de sa ville, de sa région, des quartiers qu’il fréquentait
quand il était gamin. On rit (encore), on lui parle un peu du Québec (où il n’est
jamais venu), on pose des questions (auxquelles il répond patiemment, même si
elles ne sont pas toujours brillantes…), on profite de l’instant présent,
intensément.
Parce qu’en revenant à la maison, à 3h, on s’est trouvées
tellement privilégiées d’avoir partagé ces moments avec lui, et avec Benoit et
Alex.
Je disais à Thierry, quelque part pendant le souper, que les
voyages me laissent toujours des souvenirs magnifiques. Je suis toujours très
sensible à ce que je vois, à ce que je fais, à ces petits moments de bonheurs.
Et je sais les apprécier. Vous le savez: j'ai facilement les yeux dans l'eau. Mais, depuis mercredi, le bonheur est encore plus
fin, plus délicat tout en étant plus intense, grâce à ces rencontres humaines,
authentiques et tellement pas prévues. On s’en allait seulement visiter le
Château de Carles, je vous le rappelle. Depuis… un diner avec les copains
vignerons, quelques messages envoyés pour remercier, des amitiés Facebook avec
Benoit et Pierre, des courriels et des textos pour organiser cette deuxième
rencontre… et ce vendredi soir, encore une fois magique. Sans doute la beauté
de Bordeaux y est aussi pour quelque chose, mais c’est beaucoup plus la beauté
des êtres humains qui m’émeut. Si on me demandait de dire la première qualité
que je reconnais à Thierry, c’est sans hésiter que je dirais sa générosité.
Mais pas très loin derrière, son rire, son humour, son énergie, sa gentillesse, son unicité.
Si je parle de cette rencontre comme d’un moment marquant,
non seulement dans le voyage mais dans ma vie (et Stéphanie est d’accord avec
moi), je sais que Thierry pense la même chose. Parce qu’il me l’a écrit. Je
suis privilégiée. Infiniment privilégiée.
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